LE MATIN DIMANCHE: "Le cannabis légalisé agirait comme un dopant pour l'économie Suisse"



LE MATIN DIMANCHE
"Le cannabis légalisé agirait comme un dopant pour l'économie Suisse"
Par Ivan Radja
le 15 Juillet 2018

Holyweed, jeune entreprise qui produit du cannabis, pourrait atteindre 10% de parts de marché, soit 100 millions de francs, si la substance était légalisée. La société genevoise, qui s’est lancée dans la vente de CBD en janvier dernier, connaît déjà une croissance de 50% par mois.

Le marché du cannabis avec THC, s’il venait à être légalisé et réglementé, représenterait un volume d’affaires considérable ainsi qu’une manne fiscale inespérée pour l’État.

Holyweed, un producteur bio aujourd’hui actif dans le CBD, estime que son chiffre d’affaires pourrait être multiplié par 25 et son personnel par 10.

En proposant la semaine dernière de tester le cannabis dans certaines villes, le Conseil fédéral fait rêver cette économie souter­raine. On parle ici de cannabis avec THC, donc effet psychoactif, et non du CBD (moins de 1% de THC), actuellement en vente dans les kiosques. Les acteurs de ce marché fondent de grands espoirs sur une éventuelle légalisation de cette drogue, qui leur permettrait de passer à la vitesse supérieure.

Chez Holyweed, producteur basé à Ge­nève, et dont les champs se trouvent dans le canton de Vaud, « le chiffre d'affaires pourrait être multiplié par 25 », estime Kelly Szabados, responsable médias. « Nous pourrions atteindre 10% de parts de marché, soit environ 100 millions de francs, dans un secteur que domineraient quelques grands acteurs. » La jeune société emploie une quinzaine de collaborateurs en période de récolte, la moitié moins le reste de l’année. Ce chiffre pourrait facile­ment monter à 60 voire 80 personnes. Ar­rivée sur le marché en janvier, elle connaît une croissance de 50% par mois, et s’ap­prête à proposer ses produits CBD dans 80% des kiosques.

Moins de deal égale moins de frais judiciaires

Le marché du cannabis en Suisse est éva­lué à environ 1 milliard de francs (contre 60 à 100 millions pour le CBD). Ce qui laisse entrevoir de jolies rentrées pour la Confé­dération également. Avec une TVA à 7,7% et un impôt calqué sur celui du tabac à 25%, ce sont quelque 260 millions de francs qui pourraient revenir à l’État. Une projection que partage Jean-Félix Savary, secrétaire général du Groupement romand d’études des addictions (GREA), qui insiste en outre sur d’autres retombées positives pour l’économie : « En termes d’emploi no­tamment, l’embauche peut être impor­tante si l’on compare avec le Colorado, qui a vu la création de 10 000 places de travail environ sur une population de 5 millions d’habitants. Ajoutez à cela les impôts que ces personnes paieront, ainsi que l’impôt sur les sociétés, sans oublier le réseau de fournisseurs qui se crée autour d’un nouveau business, pour le conditionnement par exemple. »

En termes de rentrées fiscales, il est im­portant de bien doser les taux d’imposi­tion : une taxation trop lourde ferait grim­per le prix du produit... et relancerait auto­matiquement le marché noir, censé être combattu par la légalisation réglementée. Au chapitre des retombées indirectes fi­gure aussi une diminution des frais de pro­cédure (judiciaire, policière), à mesure que le trafic illégal diminue. Par contre, appa­raîtraient de nouveaux frais, pour le con­trôle de la filière de production et de vente.

Il s’agit aussi d’éviter le piège dans lequel est partiellement tombé le Colorado, préci­sément. « Très vite, le marché a été dominé par des big players, une course aux profits juteux s’est instaurée, on a parlé de green oil, de pétrole vert, et l’on voit même des fonds d’investissement miser sur le canna­bis», prévient Jean-Félix Savary. De puis­sants lobbies ont vu le jour pour limiter la réglementation. En Amérique du Nord, au Canada notamment, de gros conglomérats font main basse sur la production. Ils com­mencent à s’installer en Europe, alléchés par le haut potentiel du cannabis à usage médical, autorisé dans les pays voisins, comme en Allemagne depuis le 1er janvier. Une production suisse pourrait aisément se déployer dans ce créneau, avant que ces entreprises ne verrouillent le marché.

Privilégier de petits producteurs

On peut préférer le modèle californien, né il y a deux ans, et basé sur un partenariat avec de petites exploitations, soucieuses du terroir, d’une culture responsable, et d’une consommation contrôlée, avec conseil aux acheteurs et information sur la substance et ses dangers. « Il est important de créer un cadre où les producteurs ne puissent pas avoir l’ambition de devenir multimillionnaires », insiste Jean-Félix Sa­vary.

Une voie qui pourrait bien convenir à Holyweed. « Nous faisons du cannabis bio, et sommes partisans non pas d’une libéra­lisation mais d’une réglementation, argu­mente Kelly Szabados. Cela garantirait un contrôle sur les producteurs et distribu­teurs, sous licence octroyée par l’État, retirable au besoin. » Un point crucial, partagé par le GREA: «Il ne faut pas oublier la pré­vention. Ce n’est pas un produit comme un autre. Il est certes moins dangereux que la cocaïne, mais il doit être vendu dans des points agréés, contrôlés, des pharmacies par exemple, mais en aucun cas les kios­ques ou la grande distribution », met en garde Jean-Félix Savary. Enfin, le GREA plaide pour un garde-fou essentiel : pas de publicité.

Chanvre médical : un marché à gros potentiel

Le passage du CBD au cannabis à usage mé­dical représente le premier débouché pour les producteurs. Saturé, ce secteur du CBD a commencé à se consolider fin 2017. Nombre de petites structures ont disparu. Les plus solides misent beaucoup sur les produits dérivés pour créer de nouveaux débouchés. 

Vu le retard pris par la Suisse sur la plu­part des pays voisins dans ce domaine, le Conseil fédéral entend alléger une procé­dure trop lourde. Aujourd’hui, pour chaque maladie et chaque patient, le médecin doit créer un dossier et le soumettre à l’Office fédéral de la santé publique. « Long, lourd, coûteux : un monstre administratif », résume laconiquement Jean-Félix Savary, secrétaire général de GREA. Sur ce point, le Parlement est moins frileux que pour la légalisation du cannabis récréatif. En com­mission, le projet de passer à un système d’ordonnance pour la prescription de médi­caments à base de cannabis, remboursés par l’assurance-maladie, est passé par 21 voix sans opposition. « Ce serait une belle opportunité pour nous, notamment pour l’exportation, car l’Europe ne produit pas encore assez de cannabis, espère Kelly Szabados, responsable médias chez Holy­weed. L’effet Swiss made, avec garantie d’une production biologique, jouerait en notre faveur. »

En mai dernier, la conseillère nationale Christa Markwalder (PLR/BE) estimait à 10 000 francs par are le revenu supplémentaire que pourraient dégager certains agri­culteurs. Le potentiel du marché mondial des médicaments et compléments alimentaires à base de cannabis est estimé à une fourchette allant de 50 à plusieurs centaines de milliards de dollars.

En Chiffres 

1 : Un milliard de francs, c’est le vo­lume estimé du marché du canna­bis en Suisse.

260 : En millions de francs, les retom­bées fiscales pour la Confédération (TVA + impôt).

10 : Dix francs, le prix du gramme, de cannabis, étonnamment stable depuis une vingtaine d’années 

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