LE MATIN: Bernard Rappaz: "In Switzerland, we will also manage it"



LE MATIN
Bernard Rappaz: "en Suisse on y arrivera aussi"
By Eric Felley, 04.01.18

BERNARD RAPPAZ: «EN SUISSE, ON Y ARRIVERA AUSSI!»

Pour le cultivateur valaisan, la Californie a donné un signal énorme en libéralisant le marché récréatif du chanvre. Notre pays devrait s’en inspirer.

Il a commencé à cultiver du chanvre en 1971. Après de multiples affaires avec la justice valaisanne, il a été condamné à 5 ans et 8 mois de prison pour violation de la loi fédérale sur les stupéfiants. S’en sont suivies plusieurs grèves de la faim retentissantes. Finalement, Bernard Rappaz est libre depuis mai 2016 et vit haut perché à Isérables (VS). Le pionnier du chanvre récréatif en Suisse salue la libéralisation intervenue en Californie. Pour lui, la Suisse devrait suivre ce chemin, mais cela prendra du temps. Aujourd’hui, il constate surtout que l’essor du marché du cannabis à moins de 1% de THC (le CBD, comme on dit dans le milieu) a été extraordinaire en 2017.

Vous qui avez été condamné pour le chanvre illégal, avez-vous testé le cannabis légal?


Quand j’en ai entendu parler, j’ai bien rigolé. Mais finalement, cette possibilité a ouvert un marché incroyable en très peu de temps. Même à Isérables, on en trouve au petit supermarché du coin. Ça a le même goût, la même odeur, la même consistance que le chanvre avec THC. C’est un peu comme la bière sans alcool. Ce qui est important, c’est que le CBD démontre tout à coup qu’il est possible de réguler ce marché. Cela dit, sa consommation reste la pointe de l’iceberg. 90% préfèrent le chanvre avec du THC…

Que représente pour vous la régulation du marché du chanvre en Californie?

C’est un signal énorme. Cette année, le Canada – qui est un marché encore plus grand – devrait suivre. Je constate que la Suisse a toujours suivi la politique des États-Unis en matière de répression depuis que le chanvre a été interdit dans les années 1950. L’ouverture de certains États américains est un signe que l’on peut changer de chemin.

Pourtant, la Suisse a refusé en 2008 de libéraliser?

En 2008, deux tiers des gens étaient contre. En ce moment, d’après les sondages, ce serait l’inverse, une majorité des deux tiers seraient pour. Il y a une évolution, c’est certain. On va y arriver et j’espère que cela se fera avant ma mort… Mais sur le plan politique, il y a la force de l’habitude, les remises en question sont très difficiles.

Où se situe, selon vous, cette force de l’habitude?

Il ne devrait pas y avoir de perception différente à gauche ou à droite pour ces questions de stupéfiants. Mais pour certains, à droite, la lutte contre les drogues reste un sujet populiste, une sorte de cheval de bataille où l’on peut se montrer intransigeant. Pourtant, c’est une utopie totale de croire qu’il suffit d’être contre pour régler un problème lancinant depuis tant d’années.

Pour vous, la répression demeure un échec?

La répression est responsable du marché noir et de tous les problèmes qui vont avec. Le jour où l’on régulera, on fera de la place dans les prisons. Cela résoudra le problème de leur surpopulation. Pour la justice, on est rapidement un trafiquant, il suffit de dépasser les dix grammes et d’en vendre à des copains. 60% des gens qui sont en prison le sont à cause de la loi sur les stupéfiants et parmi eux une bonne majorité à cause du chanvre.

Quels sont les avantages d’une régulation du marché?

On peut diminuer la consommation. C’est ce qui s’est passé au Portugal depuis des années. Si on élimine cette culture de l’interdit, on rend le produit moins attractif pour une catégorie de consommateurs, notamment chez les ados. En France, où la politique est très répressive, il y a cinq fois plus d’ados qui consomment qu’aux Pays-Bas, où elle est plus permissive. Là où l’on renonce à la répression, il y a moins de tabous, moins d’abus, les jeunes sont mieux informés.

Pourtant, il semble que pour bien des parents, l’interdiction semble la meilleure protection pour leurs enfants?

Cette politique fait surtout des dégâts humains inutiles. Des collégiens ont été empêchés d’étudier parce qu’ils avaient fumé trois joints. Des apprentis ont perdu leur job pour la même raison. Tout cela est totalement contre-productif et détruit des familles. Si je prends mon exemple, ce sont mes parents qui m’ont dénoncé à la police dans les années 1970! Je ne leur en veux pas car il y avait une telle diabolisation du produit à l’époque… Mais aujourd’hui, les parents sont mieux informés et doivent faire la part des choses.

Vu l’évolution du cannabis légal, est-ce que vous avez des projets de revenir aux affaires?

Vous savez, je toucherai l’AVS à partir du mois de mars. En fait, l’État m’a déjà mis à la retraite anticipée avec les procès qui ont causé ma faillite. En tout, avec les amendes, les frais de jugements, les créances compensatoires, j’en ai eu pour un demi-million de francs. Je peux dire qu’on m’a tué financièrement. Mais je reste un militant de la cause. Il y a beaucoup de choses à développer. Je vois qu’en Californie les milieux de l’alcool ne s’opposent pas frontalement à ceux du chanvre. Ils veulent lancer du vin au chanvre, ce que j’ai essayé de faire en Valais il y a vingt ans! (Le Matin)

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